5 façons dont le maintien de la paix de l'ONU soutient l'accès des femmes à la justice et à leurs droits

Une policiere tanzanien en service au sein de la MONUSCO
À Kinshasa, en RDC, une policière de la MONUSCO organise une séance de sensibilisation avec la Police nationale congolaise afin de former les femmes leaders à la prévention des violences sexuelles et à la promotion des signalements officiels plutôt que des arrangements à l'amiable. Photo: MONUSCO

La commémoration de la Journée internationale des femmes cette année nous invite à examiner les obstacles structurels à l'égalité en matière de justice : lois discriminatoires, protections juridiques insuffisantes, pratiques néfastes et normes sociales qui portent atteinte aux droits des femmes et des filles partout dans le monde.

Selon les dernières données compilées par ONU Femmes, l'agence des Nations Unies pour les droits des femmes, l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes, les femmes ne disposent que de 64 % des droits juridiques dont jouissent les hommes dans le monde en 2026. Si les progrès se poursuivent au rythme actuel, il faudra 286 ans pour combler les lacunes en matière de protection juridique.

Les conflits et l'instabilité aggravent souvent les inégalités existantes, exposant les femmes et les filles à des risques accrus de violence, d'exclusion et de discrimination. Dans de nombreux contextes fragiles, les systèmes judiciaires sont affaiblis ou complètement détruits, laissant les personnes survivantes de violences basées sur le genre sans protection ni recours. Au-delà de la sécurité immédiate, la protection des droits des femmes nécessite de renforcer les institutions, de s'attaquer aux causes profondes de la violence et d'offrir aux femmes des lieux sûrs où elles peuvent reconstruire leur vie après un conflit.

Dans ces contextes instables, les opérations de maintien de la paix de l'ONU s'efforcent de prendre en compte les perspectives des femmes afin de relever ces défis particuliers. Les Casques bleus soutiennent les autorités et les institutions nationales, dialoguent avec les communautés et contribuent à la mise en place de systèmes adaptés aux risques et aux besoins spécifiques des femmes. Qu'il s'agisse d'accueillir des tribunaux mobiles, de déployer des équipes mixtes de Casques bleus plus à même de répondre à des besoins divers, de mettre en place des initiatives de participation politique ou d'apporter un soutien axé sur les personnes survivantes, les missions de maintien de la paix contribuent activement à faire progresser les droits des femmes et leur accès à la justice.

Women sitting on a bench in front of Bentiu's mobile court
There had been no active court in Bentiu since war broke out in South Sudan, and the start of a mobile court is seen as an important development that will reestablish justice and rule of law in Bentiu. Photo: UNMISS

1. Restaurer l’accès des femmes à la justice

Les missions de maintien de la paix œuvrent à la reconstruction des services de police et des systèmes judiciaires dans les contextes où les conflits les ont gravement affaiblis ou détruits. Ce travail est particulièrement important pour les femmes, qui sont touchées de manière disproportionnée par les violences sexuelles dans les zones de conflit, représentant au moins 95 % des cas signalés. Au Soudan du Sud, où les conflits armés ont connu une recrudescence tout au long de l'année dernière, davantage de femmes ont été victimes de violences sexuelles au cours du premier trimestre 2025 que pendant toute l'année 2024. Beaucoup d'autres personnes survivantes de violences basées sur le genre ont peur de porter plainte par crainte de représailles, de stigmatisation ou de ne pas être crues. Pour celles qui vivent dans des régions reculées, l'accès aux commissariats de police et aux tribunaux est difficile, voire dangereux, en raison des violences persistantes.

Pour combler ces lacunes, les missions de maintien de la paix, assistées par le Service des questions judiciaires et pénitentiaires, apportent un soutien judiciaire grâce à des tribunaux mobiles. C'est le cas au Soudan du Sud, où la MINUSS, la mission de maintien de la paix des Nations Unies dans le pays, a contribué à déployer des tribunaux mobiles dans des régions reculées où les habitants n'avaient jamais eu accès à la justice officielle.

« Le tribunal mobile traitera les affaires qui ne relèvent pas de la compétence des autorités traditionnelles, notamment les meurtres, les violences sexuelles et basées sur le genre, les violences sexuelles liées aux conflits, ainsi que les mariages forcés et précoces. La justice et la responsabilité sont essentielles pour réduire la criminalité, diminuer la violence à l'égard des femmes et améliorer la sécurité », a déclaré Stella Abayomi, alors Cheffe par intérim du bureau de la MINUSS à Unity, lors du premier déploiement d'un tribunal mobile dans le comté de Leer en avril 2025, l'une des régions les plus touchées depuis le début de la guerre civile en 2013.

Ces tribunaux temporaires ont un impact concret : des centaines d'affaires ont été entendues à travers le pays, dont beaucoup concernaient des violences faites aux femmes.

« Les résultats des tribunaux mobiles passés, soutenus par la MINUSS, ont conduit de nouvelles personnes à enregistrer des plaintes, ayant davantage confiance que la justice sera rendue », a déclaré Nicholas Haysom, Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan du Sud et Chef de la MINUSS.

La MINUSS et ses partenaires ont également appuyé la formation de nouveaux enquêteurs dans le sud de Unity, en mettant l'accent sur le traitement des affaires de violence sexuelle, une étape essentielle pour renforcer les capacités nationales au-delà de la durée de vie des tribunaux mobiles individuels.

Cependant, les progrès restent fragiles. La crise de liquidités actuelle de l'ONU a contraint les opérations de maintien de la paix des Nations Unies à réduire leur présence, ce qui affecte la capacité de ses missions à apporter un soutien essentiel aux droits des femmes et à l'accès à la justice. Dans son discours devant le Conseil de sécurité le 12 novembre 2025, à l'occasion du 25e anniversaire du programme « Femmes, paix et sécurité », la directrice d'ONU Femmes, Sima Bahous, a lancé cette mise en garde : « Dans cet environnement fragile, le retrait des ressources et des capacités est au mieux imprudent, au pire catastrophique », soulignant que la crise de violences basées sur le genre au Soudan du Sud, qui menace 2,7 millions de personnes, rend indispensable le soutien continu au maintien de la paix.

Two women police and military peacekeepers with a community member.
Two women police and military peacekeepers from South Africa and Ghana, both Elsie Fund beneficiary countries, exchange with community members during a mixed patrol conducted by the UN peacekeeping mission in Abyei, UNISFA. Photo: UNISFA

2. Accroître la participation des femmes au maintien de la paix

Que ce soit lors de patrouilles, aux postes de contrôle, dans la collecte de renseignements ou dans les interactions avec les communautés, les femmes Casques bleus facilitent la communication avec les femmes et contribuent à renforcer l'impact des opérations de paix. Il est prouvé que la diversité des équipes de maintien de la paix aide à instaurer la confiance auprès des femmes des communautés, qui se sentent plus à l'aise pour signaler les violences sexuelles aux femmes Casques bleus.

En 2025, la commandante Swathi, originaire d'Inde, a reçu le prix militaire de la défense de l'égalité des genres décerné par le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, pour son travail dans la lutte contre les violences basées sur le genre à Malakal, au Soudan du Sud. Grâce à son initiative « Equal Partners, Lasting Peace » (Partenaires égaux, paix durable), elle a mis en place des patrouilles mixtes fréquentes, permettant aux femmes de se sentir plus à l'aise pour partager leurs préoccupations concernant les mariages précoces et les violences sexuelles liées aux conflits.

Les opérations de paix des Nations Unies répondent aux besoins spécifiques des femmes et des filles en matière de protection avant, pendant et après les conflits. Cette approche permet de détecter et de prévenir les risques, de renforcer la confiance avec les communautés et de veiller à ce que la protection atteigne celles qui en ont le plus besoin. En République démocratique du Congo, en République centrafricaine et à Abyei, les femmes Casques bleus et les équipes mixtes d'engagement communautaire des Nations Unies ont identifié les zones les plus exposées aux violences sexuelles liées aux conflits et adapté les itinéraires de leurs patrouilles, contribuant ainsi à prévenir les agressions et permettant aux femmes d'accomplir leurs tâches quotidiennes en toute sécurité.

Accroître la participation des femmes aux efforts de maintien de la paix signifie des opérations plus efficaces et percutantes. Cependant, renforcer la diversité nécessite davantage de changements structurels au sein des contingents militaires et des unités de police à l'échelle nationale, où les femmes sont souvent sous-représentées.

Les préjugés liés au genre et à la culture, les politiques discriminatoires et l'insuffisance des installations ou des équipements empêchent encore les femmes de réaliser leur plein potentiel. Pour surmonter ces obstacles, le Fonds de l'Initiative Elsie apporte un soutien technique et financier aux pays qui fournissent des contingents et des forces de police, afin de permettre la mise en œuvre d'initiatives allant du renforcement des politiques et de la formation au leadership à des campagnes nationales de recrutement. Dans le cadre des opérations de paix des Nations Unies, le Fonds soutient également des améliorations pratiques telles que la fourniture de kits d'hygiène et d'installations sanitaires.

A woman speaks during a discussion facilitated by MONUSCO.
A woman speaks during a discussion facilitated by MONUSCO, the peacekeeping mission in the Democratic Republic of the Congo, on women’s role in political processes in the capital Kinshasa. Photo/MONUSCO

3. Promouvoir la participation des femmes aux processus politiques et de paix

La participation significative des femmes aux processus politiques et de paix est essentielle à la protection de leurs droits. Lorsque les femmes sont incluses dans la résolution des conflits et les processus politiques, elles contribuent à façonner les lois et les institutions qui renforcent leur accès à la justice. Mais dans les zones de conflit, où les institutions sont fragiles ou en phase de reconstruction, l'accès des femmes à la politique est souvent limité.

En République démocratique du Congo, la Mission de stabilisation des Nations Unies, la MONUSCO, joue un rôle essentiel dans la promotion des droits des femmes, le renforcement de leur participation politique et leur inclusion dans les processus de paix. La mission travaille avec des organisations de la société civile, les autorités nationales et des femmes leaders. Depuis près d'une décennie, la MONUSCO contribue à la mise en place de réseaux de femmes médiatrices dans plusieurs provinces, soutenant le dialogue communautaire et les systèmes d'alerte précoce. Dans tout le pays, les femmes congolaises s’investissent dans la résolution des conflits fonciers, la médiation entre communautés et la sensibilisation des jeunes à déposer les armes.

« Trop souvent, les discussions sur la paix se déroulent sans la voix des mères, des personnes survivantes ou des agricultrices. La paix que nous voulons ne peut se décider sans notre participation », souligne Madame Benge Mukengere, médiatrice de Beni, dans le Nord-Kivu.

À Bunia, en juin 2025, le « Collectif des femmes de l’Ituri » a réuni trente-six leaders communautaires, dont vingt femmes et cinq chefs coutumiers. Ce dialogue a permis aux femmes Lendu et Hema de renouer la confiance après des années de conflit.

Des initiatives similaires dans les zones touchées par des conflits ont contribué à créer des forums qui encouragent une participation plus active des femmes aux efforts de paix. La MONUSCO intègre les perspectives de genre dans toutes ses activités, de la protection des civils à la réforme du secteur de la sécurité, en passant par les efforts de désarmement et les processus de démobilisation et de réintégration.

People walking in front of event banner.
A woman looks on as the global photo exhibition “Through Her Lens: Women Rising for Peace” is set up in Pristina, marking 16 Days of Activism Against Gender-Based Violence. Photo: UNMIK

4. Faciliter l'accès des personnes survivantes à la justice et consolider les mécanismes de responsabilité

« Nous ne pouvons tolérer une culture du silence ou de l'indifférence alors que des femmes sont tuées dans nos foyers, nos quartiers et nos rues », a déclaré Alban Zogaj, adjoint au maire de Pristina, au Kosovo*, lors du dévoilement d'une fresque colorée sur le bâtiment d'une école. Commissionnée par la MINUK, la mission de maintien de la paix des Nations Unies au Kosovo, cette œuvre d'art met en scène une femme entourée de chaussures rouges, symbolisant les femmes qui ont perdu la vie à cause de la violence domestique.

Cela illustre comment les plateformes créatives peuvent sensibiliser le public à la violence sexuelle et basée sur le genre au Kosovo. À travers le cinéma et la photographie, la MINUK organise des événements, des projections et des débats qui réunissent des spécialistes des droits des femmes et du domaine juridique ainsi que des représentants de la communauté, y compris des hommes, afin d'aborder des sujets sensibles tels que les mariages précoces ou la violence domestique. Ces discussions contribuent à lutter contre la stigmatisation et les mentalités patriarcales qui peuvent favoriser la violence basée sur le genre et empêcher les victimes d'accéder à du soutien et à la justice.

Au Kosovo, la violence à l'égard des femmes reste un sujet de préoccupation majeur, avec des centaines de cas signalés chaque année. Au-delà de son travail essentiel de sensibilisation, la MINUK collabore avec les autorités locales et les organisations de la société civile afin de renforcer les mécanismes de protection et d'améliorer les services offerts aux personnes survivantes. La mission équipe les refuges pour femmes de véhicules afin de pouvoir atteindre rapidement celles qui en ont besoin.

Au-delà des interventions d'urgence, la MINUK aide à lever certains des obstacles auxquels se heurtent les femmes qui tentent d'échapper à des relations abusives ou de s'en remettre. Elle leur offre notamment des perspectives économiques en proposant des formations et en apportant son soutien à des centres et initiatives qui aident les femmes à acquérir et à conserver leur indépendance financière. La Mission soutient également des organisations juridiques qui sensibilisent le public aux droits des femmes, notamment aux questions liées à l'héritage et à l'accès aux droits de propriété, qui sont des voies essentielles vers la protection économique et l'autonomisation.

Luisa Diane Namboua, a deminer from Benin.
Luisa Diane Namboua, a deminer from Benin working with UNMAS, secures a landmine in the Central African Republic. Photo: UNMAS

5. Offrir des lieux sûrs aux femmes et leur permettre de se déplacer librement grâce à la lutte antimines

Chaque jour, une quinzaine de personnes sont mutilées ou tuées dans des accidents liés à des mines terrestres à travers le monde. Même lorsque les conflits ont pris fin, les engins explosifs continuent de menacer la vie des civils, notamment les femmes et les filles. Pour faire face à cette menace, des milliers de démineurs s'efforcent de détecter, de désamorcer et d'éliminer les engins explosifs, entre autres dans le cadre des opérations de maintien de la paix des Nations Unies. La lutte antimines a toujours été un domaine dominé par les hommes, ce qui a entraîné des déséquilibres persistants. Pour y remédier, le Service de lutte antimines des Nations Unies (UNMAS) a fixé des quotas minimaux pour la participation des femmes. Cela nécessite un renforcement des capacités, en particulier dans les contextes où UNMAS opère, car les femmes sont souvent confrontées à de fortes barrières culturelles et sociales.

 

Nous ne pouvons pas investir dans la paix sans investir dans les femmes

Depuis des décennies, les missions de maintien de la paix promeuvent et protègent les droits des femmes, non seulement en contribuant à prévenir la violence, mais aussi en renforçant l'état de droit et les systèmes qui rendent la justice possible.

Mais pour que le changement soit durable, il faut que les États membres apportent un soutien concret, en fournissant aux femmes sur le terrain les fonds, les outils et la protection dont elles ont urgemment besoin pour diriger. La crise financière qui touche actuellement les opérations de maintien de la paix des Nations Unies risque de compromettre des années de progrès. Moins de Casques bleus signifie moins d'experts et de capacités de soutien, moins de patrouilles, moins de tribunaux mobiles et moins de sensibilisation aux risques et aux droits au sein des communautés.

Avant tout, cela nécessite un effort mondial renouvelé et unifié pour placer les femmes au cœur des efforts de paix et de sécurité, apporter des changements réels et tangibles pour les femmes et les communautés en conflit, et affirmer clairement que les femmes ne sont pas optionnelles, mais essentielles à la création d'une paix durable.

L'accès des femmes à la justice et aux droits humains est fondamental pour une paix durable. Nous ne pouvons pas investir dans la paix sans investir dans les femmes.

*Les références au Kosovo doivent être comprises dans le contexte de la Résolution 1244 (1999) du Conseil de sécurité.